Dis-moi comment...

Il me parait toujours intéressant d’apprécier et de réinterroger les modèles architecturaux et constructifs au regard de la technologie de l’époque dans laquelle ils se sont développés.

A chaque décennie son architecture ?

J’ai le souvenir de mes années d’études en archi où on a commencé à généraliser le dessin assisté par ordinateur, la grande mode a été de créer l’immeuble transparent. Il s’agissait plus d’un défi technique de dessin que d’une volonté de programme….

Plus tôt, dans les années 50, les procédés « mur-rideau » sont apparus avec l’avènement du système « poteau-poutre » qui ont dégagés les façades en leur enlevant leur rôle de porteur ; lui-même rendu possible par le perfectionnement du matériau « béton ». Les modèles architecturaux se sont transformés dans ces années-là et on a vu fleurir des maisons et immeubles avec de grandes baies vitrées : la lumière naturelle est mise à l’honneur sur fond de matériau brut.

Puis dans les années 2000, se sont généralisés les bâtiments « tout verre ». On peut dire que ça a collé avec une exigence sociétale de « tout transparence », mais ça a été rendu possible, voire initié, par la capacité technique de les concevoir et les réaliser.

Ces évolutions successives et marquantes doivent nous faire prendre du recul et nous poser la question suivante : a-t-on réellement envie d’être les cobayes des évolutions techniques et technologiques ? Ne devrions-nous pas nous concentrer sur la réalisation de bâtiments qui correspondent aux besoins et au monde tel que l’on veut qu’il soit ? C’est en tout cas ma manière d’aborder le sujet de la construction.

Construction modulaire, un process ou une architecture ?

On peut se poser la question des tendances urbaines et architecturales actuelles. Bien que marquées par une absence de standard académique, une tendance ressort fortement : le recours aux produits modulaires 3D. C’est bien la convergence entre des industriels et des donneurs d’ordres contraints par des exigences économiques qui conduisent à développer ces bâtiments modulaires. Mais « l’évidence économique » d’aujourd’hui va rapidement être rattrapée par la réalité de demain. Rappelons-nous bien que les coûts sont liés à la qualité des bâtiments, et non pas au procédé de construction…

En revanche ce mode de construction offre une rapidité d’exécution incomparable avec celle de la construction classique et permet de ce fait de réaliser des économies. Mais le résultat, c’est qu’on a gagné un urbanisme cubique ! Si encore ça nous rappelait nos jeunes années d’empilage de cubes pour créer les mondes improbables (à l’instar du Minecraft aujourd’hui), mais ça ne génère qu’une banalisation de notre architecture « au carré »… reflet d’un monde qui ne tourne plus très rond ?

Tenir la qualité !

Aujourd’hui, l’équation à résoudre est complexe. Nous, les architectes, nous devons à la fois répondre aux contraintes financières des commanditaires, à l’urgence de réduire l’impact environnemental de la construction et la nécessité de créer une architecture inclusive pour tous… Les réponses sont multiples, mais il nous apparait essentiel de proposer et de continuer à développer des projets sobres, structurants et élégants qui s’adaptent aux usages plutôt que d’être contraints par des standards « techniques ».

Les solutions « hors-site » sont de nos jours une évidence au vu des avantages qu’elles offrent, et nous n’en sommes qu’aux prémices. Mais pour devenir de réelles réalisations architecturales, elles vont devoir s’humaniser, et la réponse ne peut pas être uniquement technique. Il s’agit de repenser notre manière même de concevoir des projets dans leur globalité.

Nous serons alors fiers de ce que notre construction dira de ce que nous sommes !